{"id":1658,"date":"2015-09-06T12:17:36","date_gmt":"2015-09-06T12:17:36","guid":{"rendered":"http:\/\/saintlouis-madrid.cef.fr\/?page_id=1658"},"modified":"2015-09-06T12:17:36","modified_gmt":"2015-09-06T12:17:36","slug":"effata-ouvre-toi","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/sanluisfranceses.archimadrid.com\/?page_id=1658","title":{"rendered":"Effata, ouvre-toi !"},"content":{"rendered":"<p>23\u00e8me dimanche (06 09 15)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a dans l\u2019\u00e9vangile de Marc, quelques mots en aram\u00e9en. On peut se demander pourquoi. Le texte de Marc est r\u00e9dig\u00e9 en grec, \u00e0 destination d\u2019hell\u00e9nophones, la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne naissante de Rome, plus particuli\u00e8rement sa composante pa\u00efenne, c\u2019est-\u00e0-dire non issue du juda\u00efsme. Marc prend le temps d\u2019expliquer \u00e0 ses destinataires, manifestement ignorants des coutumes juives, celles auxquelles il fait allusion. Ainsi, dimanche dernier, il expliquait les rites de purification des plats et des mains apr\u00e8s le march\u00e9.<br \/>\nPourquoi donc Marc ins\u00e8re-t-il \u00e0 quelques reprises dans son \u00e9vangile des mots que personne ne peut comprendre ? Au chapitre 5 il y a \u00ab Jeune fille, r\u00e9veille-toi \u00bb. Au chapitre 7 que nous venons d\u2019entendre, \u00ab ouvre-toi \u00bb, au chapitre 15 le fameux \u00ab Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9 ? \u00bb<br \/>\nCertains ont pens\u00e9 qu\u2019il y avait ici de l\u2019\u00e9sot\u00e9risme, une formule magique puisque les deux premi\u00e8res occurrences appartiennent \u00e0 un r\u00e9cit de miracle. Cette th\u00e8se ne tient pas tant elle est contraire \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9vangile, tant elle ignore la parole, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, de J\u00e9sus en croix, tant elle est contredite par la traduction o\u00f9 Marc r\u00e9v\u00e8le ce qui devrait \u00eatre un sens prot\u00e9g\u00e9, cach\u00e9, celui d\u2019une parole mantique. D\u2019autres ont imagin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019attirer l\u2019attention, de r\u00e9veiller le lecteur. Mais celui qui cherche \u00e0 \u00eatre disciple de J\u00e9sus ne s\u2019endort pas \u00e0 lire seize petits chapitres, un simple feuillet.<br \/>\nD\u2019abord, Marc nous montre J\u00e9sus au plus pr\u00e8s, parlant dans sa langue. Un peu comme un superbe portrait, d\u00e9tail agrandi d\u2019un tableau, photo rapproch\u00e9e d\u2019un visage. On sait bien que l\u2019\u00e9vangile n\u2019est pas un reportage sur le vif. Marc conna\u00eet la distance qui le s\u00e9pare de J\u00e9sus. Il s\u2019en arrange tr\u00e8s bien, car ce n\u2019est pas de J\u00e9sus selon la chair que nous sommes les disciples, mais du Ressuscit\u00e9, m\u00eame s\u2019il est impossible de saisir quoi que ce soit du Ressuscit\u00e9 si l\u2019on ignore tout de la chair de cet homme. Mais justement, il faut marquer cette distance, celle qui est institu\u00e9e par la foi. Quel est-il donc cet homme ? C\u2019est la question de Marc \u00e0 laquelle, \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin du texte le centurion, un pa\u00efen de Rome, en voyant comment J\u00e9sus avait expir\u00e9, r\u00e9pond : \u00ab Pour de vrai, cet homme \u00e9tait le fils de Dieu \u00bb.<br \/>\nMarc assume la distance. Il ne cherche pas \u00e0 la cacher. Mais cela n\u2019emp\u00eache pas, ne serait-ce que pour mieux la marquer, une fois ou l\u2019autre, de se laisser aller \u00e0 une proximit\u00e9 qui laisse croire qu\u2019on tient ici le vrai J\u00e9sus, comme une relique verbale : \u00ab Talitha koum \u00bb, \u00ab Ephphatha \u00bb, \u00ab \u00c9l\u00f4\u00ef, \u00c9l\u00f4\u00ef, lema sabachthani \u00bb.<br \/>\nEnsuite, outre le portrait agrandi qu\u2019il nous offre, outre la distance proximit\u00e9 qu\u2019il souligne entre cet homme selon la chair et tel qu\u2019il est connu par les croyants, outre le plaisir de donner \u00e0 toucher le Ma\u00eetre, Marc en profite pour \u00e9noncer en raccourci la Bonne Nouvelle. Il n\u2019a pas choisi n\u2019importe quel mot !<br \/>\nLes deux premiers sont ceux de la r\u00e9surrection. \u00ab R\u00e9veille-toi \u00bb, cela se traduit par ressuscite. C\u2019est le m\u00eame mot. Adress\u00e9 \u00e0 la jeune fille, celle qui sort toute fraiche du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Adam, l\u2019humanit\u00e9 naissance qui doit rena\u00eetre, se r\u00e9veiller du cauchemar du p\u00e9ch\u00e9 et du mal, comme recr\u00e9e. Toujours dans la lutte contre le mal, ce qui tient l\u2019homme captif, cette fois adress\u00e9 \u00e0 un homme, un sourd muet, l\u2019ordre de s\u2019ouvrir. Le rituel du bapt\u00eame reprend cet effata tel quel. Le nouveau chr\u00e9tien doit s\u2019ouvrir \u00e0 la vie, c\u2019est-\u00e0-dire entrer en communication avec les autres. Quitter le silence mortel de la surdit\u00e9 et du mutisme, \u00e9couter et prendre la parole pour entrer dans le ch\u0153ur qui peut entendre le P\u00e8re et s\u2019adresser \u00e0 lui.<br \/>\nLa derni\u00e8re parole semble abandonner la r\u00e9surrection et nous projeter dans l\u2019horreur au moment o\u00f9 Jesus meurt. C\u2019est que pour Marc, la r\u00e9surrection n\u2019est pas un happy end, le coup d\u2019un Deus ex machina, la mort de J\u00e9sus une simple p\u00e9rip\u00e9tie. J\u00e9sus a affront\u00e9 la mort et son horreur. Les femmes toutes tremblantes, au chapitre suivant, ne disent rien de la r\u00e9surrection. Le tombeau bien qu\u2019ouvert reste scell\u00e9 parce qu\u2019elles ne croient pas. Mais les pa\u00efens du bout du monde, dans la figure du centurion (\u00e0 lui seul il repr\u00e9sente un cent, pas mal de monde !) sont d\u00e9j\u00e0 devenus disciples : \u00ab Pour de vrai, cet homme \u00e9tait le fils de Dieu ! \u00bb<br \/>\nDans l\u2019ombre de la mort, dans le sentiment d\u2019abandon qui cependant ne nous d\u00e9tourne pas de la pri\u00e8re \u00ab mon Dieu, mon Dieu \u00bb, l\u2019\u00e9vangile est r\u00e9surrection \u00ab r\u00e9veille-toi \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire mise en relation pour une fraternit\u00e9 : \u00ab Ouvre-toi \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>23\u00e8me dimanche (06 09 15) Il y a dans l\u2019\u00e9vangile de Marc, quelques mots en aram\u00e9en. On peut se demander pourquoi. 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